Transfert d'entreprise : la passation de pouvoir, cela se prépare

Vient un moment où l’entrepreneur doit penser à la relève. Quel que soit le choix pour le transfert d’entreprise, il faut le préparer. Comme entrepreneur, nous souhaitons la pérennité de notre entreprise, alors il faut être prêt à lâcher prise ! Il n’en demeure pas moins que la planification de la relève est trop souvent inexistante parce que nous résistons à laisser la place à quelqu’un d’autre, nous avons peur que personne ne puisse s’occuper de notre bébé comme on le fait ; on peut aussi avoir peur du mot ‘retraite’ et de ne plus se sentir utile ; ou encore nous pouvons avoir de la difficulté à trouver ou choisir un successeur.

Si je dis nous, c’est que j’en fais partie. Cofondatrice et présidente d’Aplus depuis 15 ans, je dois, moi aussi, préparer la suite.  

Alors comme entrepreneur, quels sont nos choix ? Nous pourrions choisir de vendre tout simplement pour assurer notre sécurité financière et passer à autre chose. Cela aussi ça se prépare, mais ce ne sera pas l’objet de ce billet.

Ces réflexions doivent être amorcées plusieurs années avant un retrait de l’entreprise. En effet, quelle que soit la décision, un transfert non planifié peut être désastreux pour l’entreprise et créer beaucoup d’insécurité pour les employés, les cadres et les clients.

Et malheureusement, faute de planification, nous pourrions nous voir forcés de vendre à des intérêts externes ou de liquider notre entreprise.

Afin d’éviter ce scénario, nous traiterons ici de la planification de la relève.

Faire le bon choix pour transférer son entreprise

Bien qu’une période de transition bien planifiée et exécutée soit nécessaire, j’ai vu nombre d’entrepreneurs et de repreneurs pour qui celle-ci s’avère beaucoup plus difficile qu’ils l’auraient anticipé. Pourquoi ?

Le choix du ou des repreneurs peut générer des tensions au sein des membres de la famille ou des cadres de l’entreprise et cela peut s’avérer une décision difficile et empreinte d’émotions. Cette période peut créer beaucoup de disputes et perturbations qui peuvent avoir des répercussions sur la motivation des employés et la confiance des clients. Cela peut malheureusement entraîner l’échec de l’entreprise, ce qui n’est pas souhaitable, on s’entend. C’est peut-être pourquoi les entrepreneurs tardent ou hésitent à planifier leur relève. 

Bien que passer le flambeau à un membre de la famille soit souvent le souhait le plus cher de l’entrepreneur, il n’est pas toujours possible ou tout simplement pas le meilleur choix. Les enfants n’ont pas nécessairement la fibre entrepreneuriale de leur parent. Deuxième alternative : trouver une relève à l’interne, quelqu’un qui nous connaît bien, en qui nous avons confiance. Cette alternative pourrait, par contre, générer un esprit de compétition malsain dans l’entreprise.

Comme entrepreneur, notre première responsabilité est donc de déterminer quand nous comptons nous retirer pour identifier quand commencer à préparer notre relève. Ensuite, il faudra identifier QUI pourrait reprendre les commandes de notre organisation.  Il faut prendre cette décision en mettant de côté les émotions et demeurant objectif, centré sur les besoins de l’entreprise. La personne identifiée doit :

  • Faire preuve d’un engagement infaillible envers l’entreprise.
  • Être un leader reconnu dans l’organisation et avoir la personnalité requise pour diriger les équipes.
  • Avoir les aptitudes et compétences requises pour reprendre l’entreprise.
  • Avoir une expérience de direction et une vue 360 sur la gestion d’une entreprise.
  • Avoir une vision de l’évolution de l’entreprise.
  • Démontrer des aptitudes d’entrepreneur (il existe des tests pour mesurer l’entreprenariat).
  • Idéalement, le candidat idéal aurait vécu d’autres expériences à l’extérieur de notre organisation afin d’apporter une perspective différente.

En toute objectivité, il pourrait s’avérer impossible d’identifier la bonne personne à l’interne. Mais ce n’est pas bien grave si vous avez prévu suffisamment à l’avance, il est toujours possible de chercher à l’externe. Mais attention ! Il faut préparer vos équipes afin que l’arrivée d’une ressource externe ne crée pas de remous et de ressentiment. Il existe des organisations qui sont spécialisées dans l’évaluation de candidats à la relève tant parmi les membres de la famille que les membres du personnel existant.

Bâtir la relève et la confiance mutuelle pour réussir son transfert d’entreprise

Maintenant que notre choix s’est arrêté, notre travail de transfert commence et ça ne commence pas avec le relevant mais bien avec soi-même.  Pour réussir son transfert d’entreprise il faut être prêt à s’effacer, à céder la place à la relève, à accepter que les choses ne se feront plus comme nous les faisions. 

Les prochaines années doivent servir à préparer sa relève ce qui signifie :

  • Lui transférer des responsabilités claires, une à une.
  • S’effacer pour lui donner la visibilité dont il a besoin pour bâtir sa crédibilité et sa confiance.
  • Lui faire confiance – même si vous n’auriez pas agi de la même façon ou pris la même décision, il ne faut pas contester ouvertement ses décisions, cela fragilisera sa crédibilité auprès de vos équipes et ne vous aidera aucunement à réussir votre transfert.
  • Lui offrir un parcours de développement pour l’aider à développer tout ce dont il aura besoin pour reprendre les rênes éventuellement.  L’ajout d’un mentor externe peut grandement aider autant l’entrepreneur que la relève.[1]

À partir du moment où vous avez clairement identifié votre relève et l’avez annoncé à vos équipe (il peut y avoir un certain délai entre les deux), votre rôle va changer.  Votre travail ne sera plus de prendre toutes les décisions, de pousser votre vision de l’entreprise, mais de vous rendre disponible pour la relève.

Votre relevant devra pouvoir avoir les coudées franches. Vous devrez le laisser prendre sa place, discuter de sa vision. Il faut le faire bien avant de quitter l’entreprise sinon il ou elle ne sera jamais prêt(e).

Votre objectif devrait être de vous rendre de moins en moins indispensable à l’entreprise. Prévoyez plus d’absences. 

En conclusion, si nous ne voulons pas être le plus grand obstacle à la réussite du transfert de notre entreprise, il faut accepter de s’effacer bien avant de quitter. Il faut démontrer une confiance totale envers le relevant et le supporter dans son appropriation de son nouveau rôle d’entrepreneur.

Manon Champagne
Co-fondatrice, présidente et conseillère stratégique
Aplus
  


[1] Au Québec, vous pouvez compter, entre autres, sur le Réseau Mentorat, le Centre de Transfert d’Entreprise du Québec, ou plusieurs mentors indépendants. Services Québec peut vous aiguiller.

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